Contre le sionisme, pour la souveraineté des peuples ! — 20 février 2019

Contre le sionisme, pour la souveraineté des peuples !

Il devient aujourd’hui de plus en plus difficile de se revendiquer antisioniste, et la situation va s’empirer avec la nouvelle définition de l’antisémitisme adoptée par l’Union européenne et bientôt par la France, qui inclut mensongèrement des formes d’antisionisme. Mais qu’est-ce que l’antisionisme, et pourquoi le combat pour la Palestine est-il si important à nos yeux ? Quelques éléments pour répondre aux critiques qui nous sont habituellement adressées, que je vous invite à venir discuter le vendredi 22 février lors de la soirée organisée par Montreuil Palestine : Cessons le soutien européen à Israël !

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Tout d’abord, soyons clairs sur le fait que l’antisionisme ne se limite pas à la seule critique des gouvernements israéliens. Nous remettons également en cause le principe même d’un « État juif » en Palestine que nous considérons comme définissant une ethnocratie. En ce sens, l’adoption de la définition IHRA de l’antisémitisme constituerait bel et bien une criminalisation de l’antisionisme, même si certains de ses promoteurs prétendent le contraire. Afin de mieux faire comprendre notre position, décrivons la situation sans faire référence au judaïsme : un groupe A a décidé de fonder un « État des A » sur une terre où vivaient déjà de nombreux non-A, qui se sont retrouvés colonisés ou expulsés de leur terre. Peu importe donc l’identité des uns et des autres, c’est cette injustice fondamentale qui nous révulse. Il y a en fait deux possibilités : soit le groupe A veut former un État des A sur une terre vide. Soit le groupe A veut s’installer sur une terre déjà occupée, et alors il doit s’intégrer aux populations sur place. Il est d’ailleurs important de rappeler que la résolution de l’ONU de 1947, qui prévoyait la création d’un État où les juifs auraient le droit de s’installer, était conditionnée au respect des droits des populations autochtones. Idem dans la Déclaration Balfour de 1917 : il s’agissait d’une condition sine qua non à toute émigration en Palestine. Cette condition ne fut jamais réalisée, ce qui rend donc caduque toute légitimité à Israël, sans même avoir à parler de tous les crimes commis depuis 1948 – qui s’expliquent finalement par la crainte qu’en cas de paix, les 800.000 Palestinien·ne·s expulsés lors de la Nakba rentrent dans leur foyer.

Avec leurs enfants, on compte aujourd’hui officiellement plus de 5 millions de réfugié·e·s, qui d’après les résolutions 242 et 3236 de l’ONU disposent d’un droit inaliénable à retourner chez eux. Le simple fait de leur refuser ce droit chez eux constitue un crime « d’apartheid » selon les normes de l’ONU, et donc un crime contre l’humanité. Comme le rappelle Scott Leckie du COHRE, « la majeure partie de ces terres reste sous le contrôle public de l’état d’Israël et n’a pas été transférée à des propriétaires privés. Des grandes surfaces de terres confisquées depuis 1948 restent vides et pratiquement toutes les familles palestiniennes conservent leurs titres de propriété d’origine ainsi que des registres prouvant leurs droits de propriétaire ». Or, quel est le seul argument donné contre le droit au retour ? D’après Thomas Guénolé, qui est représentatif d’une vision dominante à gauche, les Palestinien·ne·s devraient « abandonner le droit au retour » (à partir de 12:50 sur cette vidéo), au motif qu’Israël n’accepterait jamais de perdre son caractère « juif ». Mais c’est précisément là que réside le problème : en tant que projet visant à maintenir la domination d’un groupe sur une terre multi-culturelle, le sionisme n’est pas viable et est condamné à ne se maintenir que par la guerre et la barbarie. Il n’y a donc pas « d’autre Israël » possible et il ne pourra pas y avoir de paix tant qu’il n’y aura pas égalité des droits. Certes, certains antisionistes espèrent pouvoir transformer le régime israélien actuel en un État dans les frontières de 1967 qui cesserait de discriminer ses habitants. Sans se prononcer sur la viabilité de ce scénario, il est clair en tout cas que l’égalité implique d’accepter le droit au retour, et donc de renoncer à l’idéologie sioniste qui fonde le régime israélien.

En ce qu’il viole les droits fondamentaux d’un groupe humain, et notamment le droit à rentrer chez soi, le sionisme constitue un crime contre l’humanité toute entière. Mais on pourrait nous demander pourquoi se focaliser sur ce crime et pas sur d’autres ? C’est qu’en réalité, le sionisme doit être compris comme une idéologie européenne, dans la continuité du colonialisme européen qui a dévasté la planète. Et le régime israélien ne tiendrait jamais sans le soutien diplomatique, économique et militaire des puissances occidentales. Une situation d’autant plus déplorable dans le cas de la France que pendant longtemps, nos gouvernements avaient pris des positions fortes contre les exactions israéliennes et même instauré un embargo militaire. Nous avons donc une responsabilité pour faire cesser ce soutien français et européen au régime israélien.

Pour conclure, l’antisémitisme n’a pas sa place dans la lutte pour la Palestine. Malheureusement, la haine des juifs se retrouve de manière transversale dans la société, et on trouve même beaucoup d’antisémites qui sont très satisfaits qu’Israël existe car ils ne veulent pas de juifs sur le territoire français. Précisons d’ailleurs que pour un véritable antisioniste, cela n’a aucun sens de dire à une personne juive « rentre chez toi à Tel Aviv » ! Au contraire, le sens du message antisioniste est que chacun doit pouvoir vivre dignement sur la terre où il est né, et que toute personne souhaitant déménager doit respecter les droits des populations autochtones.

Les citoyens souverains reçoivent Bernard Friot! — 31 janvier 2019

Les citoyens souverains reçoivent Bernard Friot!

Le mardi 5 février sera un grand jour. Un jour de luttes pratiques avec la grève générale appelée par les Gilets Jaunes et le mouvement social. Et un jour de réflexion théorique puisque le collectif des Citoyens Souverains recevra l’immense intellectuel Bernard Friot pour poser un débat fondamental: comment vaincre l’UE, Macron et le Capital? Ce débat, qui aura lieu à 19h à Pantin, constitue une étape nécessaire dans la reconstruction du camp politique qu’on appelait autrefois « la gauche ». Le mouvement des Gilets Jaunes a prouvé à celles et ceux qui en doutaient que la population n’en pouvait plus de décennies de libéralisme, mais que les organisations politiques actuelles échouaient à incarner une alternative. Il reste donc à comprendre les raisons de cet échec.

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Réponse à La Sociale: est-il possible de débattre de la souveraineté? — 17 janvier 2019

Réponse à La Sociale: est-il possible de débattre de la souveraineté?

Suite à ma tribune Pour une souveraineté nationale de gauche, qui mentionne certaines ambiguïtés d’une initiative du site La Sociale, ses co-initiateurs Jacques Cotta et Denis Collin ont répondu en qualifiant mon article de « saloperie fielleuse » (sic) qui répandrait « le poison de la calomnie ». Ils martèlent notamment que j’aurais tiré les sources de ma tribune, publiée le lundi 7 janvier sur mon blog, d’un article du Figaro aux citations similaires publié lui le vendredi 11 janvier. Accusation pour le moins curieuse… S’il ne s’agit pas d’une coïncidence, il est vraisemblable que ce soit, à l’inverse, le Figaro qui ait repris les citations de ma tribune (sans même le mentionner).

Comme les co-auteurs de La Sociale ne citent pas mes arguments, je rappellerai simplement que mon blog Nation inclusive défend la perspective d’une sortie de l’UE sur des bases clairement antiracistes, populaires et inclusives. Ai-je cherché à les calomnier? Non : je ne m’appuie que sur leurs propres citations (sur la xénophobie, sur l’immigration, sur le gouvernement Salvini…), ainsi que sur celles de Jacques Sapir, en prenant garde de ne pas caricaturer leur propos. Un désaccord de fond ne constitue pas une « invective » ou une attaque personnelle.

Je maintiens qu’il existe des conceptions antagoniques de la souveraineté, et qu’aucune réponse n’a été apportée à mes arguments.  Il est également curieux que Jacques Cotta et Denis Collin m’accusent de ne pas vouloir « discuter » et de ne pas avoir été présent à leur réunion du samedi 12 janvier pour débattre, alors même que l’actualité de ce jour-là était particulièrement chargée. Plutôt que d’alimenter une polémique stérile, je les prends donc au mot, en leur proposant que nous menions ce débat indispensable sur les différentes conceptions de la souveraineté, avec des arguments de fond et sans invective.

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Les leçons du Brexit pour les soutiens d’un Frexit — 15 janvier 2019

Les leçons du Brexit pour les soutiens d’un Frexit

Les évolutions actuelles du Brexit, ou plus exactement du vol du Brexit décidé souverainement par le Royaume-Uni il y a deux ans, fournissent des enseignements incontournables pour tous les soutiens d’une sortie de la France de l’Union Européenne. Ces enseignements doivent être d’autant plus pris au sérieux que la France est également dans l’euro, ce qui rendra une sortie d’autant plus difficile – mais évidemment possible et souhaitable si on s’y prépare en amont.

1) La Grande-Bretagne paye pour la colonisation de l’Irlande du Nord

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Pour le #Frexit (de gauche), pas celui de l’UPR — 9 janvier 2019

Pour le #Frexit (de gauche), pas celui de l’UPR

Fervent partisan de la sortie de l’UE et de l’euro, je réponds ici à l’interpellation de militant(e)s de l’UPR afin d’éclairer des divergences de fond, sans procès d’intentions.

1) L’aveuglement aux rapports de pouvoir

L’UPR propose de reporter plusieurs débats fondamentaux, comme la dette ou la politique énergétique, tant que nous n’aurons pas récupéré la capacité de choisir nos politiques commerciales ou monétaires. D’abord récupérer le pouvoir, avant de voir ce que l’on en fait. Pourtant si on n’accompagne pas le retour au franc d’une socialisation des banques et de la dette, les marchés financiers nous mettront en faillite. Et la sortie du marché commun nécessite de relocaliser nos activités et de réduire la consommation d’énergie des grandes entreprises (ce qui sera au passage très bon pour le climat!). La sortie de l’UE doit donc se préparer globalement, en étant conscient que cette institution n’est qu’une émanation de notre classe dirigeante qui fera tout pour conserver ses privilèges et son mode de vie destructeur.

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Les obscurités d’un appel à la souveraineté de la nation — 7 janvier 2019

Les obscurités d’un appel à la souveraineté de la nation

Le site La Sociale, co-animé par Denis Collin et Jacques Cotta, a lancé un appel pour « la défense de la souveraineté de la nation » qui, par-delà certaines analyses justes, se révèle symptomatique de l’impasse dans laquelle se fourvoient une grande partie des souverainistes. Commençons par préciser que je suis un partisan de la « souveraineté de la nation », à la seule condition que soit défini clairement de quoi on parle. S’il s’agit de soutenir la future souveraineté de nouvelles institutions nationales issues des classes populaires, mille fois oui. S’il s’agit de « défendre » la souveraineté du cadre national actuellement existant avec tout ce qu’il charrie d’obscurités, mille fois non. Je n’oublie pas que, en un sens, l’armée française est engagée « souverainement » dans des guerres aux quatre coins du monde sans avoir demandé l’avis des populations concernées, ni le nôtre d’ailleurs. Mais cela ne m’empêche pas de défendre résolument la sortie de l’UE et de l’euro, carcans qui nous interdisent de mettre en oeuvre toute législation écologique et sociale digne de ce nom. Au passage, remarquons que l’appel de La Sociale n’est pas aussi « souverainiste » qu’il le prétend puisqu’il ne défend pas clairement la sortie du marché et de la monnaie uniques, mais uniquement la remise en cause des traités budgétaires, sans doute pour ménager quelques signataires supplémentaires. Mais du coup, pour ces signataires, que signifie une « Nation souveraine » qui ne contrôlerait ni sa monnaie, ni sa politique commerciale?

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Exigeons le RIC sans se faire avoir! — 19 décembre 2018

Exigeons le RIC sans se faire avoir!

L’article 3 de la Constitution stipule que « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». Seulement, le dernier référendum remonte à 2005 sur la Constitution Européenne et comme l’oligarchie l’a perdu, elle refuse de nous consulter à nouveau. L’instauration d’un Référendum d’Initiative Citoyenne permettrait qu’un seuil déterminé du corps électoral – par exemple 1% – puisse proposer une nouvelle loi, abroger une loi ou un traité déjà en vigueur, révoquer un.e élu.e ou encore réviser la Constitution. Le gouvernement envisageant d’instaurer une forme de RIC, il est important d’apporter plusieurs précisions afin de ne pas se faire avoir.

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L’Union européenne criminalise le soutien à la Palestine — 9 décembre 2018

L’Union européenne criminalise le soutien à la Palestine

L’instrumentalisation et le dévoiement de la lutte contre l’antisémitisme a atteint de nouveaux sommets ce jeudi 6 décembre, avec l’adoption par le conseil des ministres de la Justice et des Affaires Intérieures de l’Union Européenne d’une nouvelle définition de l’antisémitisme pouvant criminaliser toute opposition au régime israélien. Malgré des réserves initialement exprimées par les gouvernements suédois et espagnol, cette résolution a été votée à l’unanimité, sous l’impulsion notamment du gouvernement autrichien d’extrême-droite qui entretient des relations privilégiées avec son homologue israélien. Déjà adoptée au Royaume-Uni – et imposée au Parti Travailliste contre l’avis de Jérémy Corbin – cette définition devrait donc à terme s’appliquer dans toute l’Europe, et notamment en France où Emmanuel Macron cultive sa proximité avec les réseaux pro-israéliens. Selon cette définition inventée par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance), le simple fait de qualifier le régime israélien d’État « raciste » est considéré comme de l’antisémitisme. L’IHRA précise d’ailleurs que critiquer Israël ne serait autorisé qu’à condition de le faire au même niveau pour toutes les autres « nations démocratiques » (sic).

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Les Gilets Jaunes exigent le salaire médian pour les élu·e·s: chiche! — 2 décembre 2018

Les Gilets Jaunes exigent le salaire médian pour les élu·e·s: chiche!

Mercredi 28 Novembre, un Gilet Jaune interpellait en direct la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon afin qu’elle dévoile le montant de son indemnité. Il ne s’agissait pas là d’une question innocente: une des revendications des Gilets Jaunes est que l’ensemble du personnel politique soit payé au salaire médian, soit environ 1700 euros mensuels, afin qu’il soit directement impacté par les politiques qu’il met en oeuvre. Imaginons un monde où la classe politique serait obligée d’augmenter le SMIC et les salaires pour pouvoir elle-même s’enrichir!

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Une Patrie pour tou·te·s — 12 novembre 2018

Une Patrie pour tou·te·s

La Nation, concept périmé ou bien cadre potentiel d’exercice de la démocratie et de la satisfaction des besoins fondamentaux?

1) Une conception égalitaire de la Nation

Tout d’abord, écartons un malentendu: le mot « nation » (tout comme le mot « peuple ») est parfois employé dans un sens identitaire, afin de désigner une fraction des habitant.e.s d’un territoire donné. Par exemple, le régime colonial israélien attribue des privilèges à ce qu’il appelle la « nationalité juive », instaurant ainsi un monstrueux apartheid contre les Palestinien.ne.s. La charte des « Nations » unies est pourtant claire: un État-nation s’établit sur un territoire donné et doit traiter toute sa population à égalité.

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