Pour notre première émission de « Quoi qu’il en coûte », nous avons choisi de commencer par des propositions alternatives concrètes plutôt que par une énième analyse de la société actuelle. C’est que « la gauche » passe tellement de temps à se lamenter sur les politiques de droite qu’elle en oublie de rappeler ce pour quoi elle se bat. La « gauche » dont nous parlons ici, c’est celle qui n’a jamais trahi les classes populaires, celle qui est prête à utiliser les outils étatiques à sa disposition pour défendre nos salaires et nos conditions de vie. Dans son livre Le Bloc Arc-en-ciel (La Découverte, 2021), Aurélie Trouvé nous propose un programme de rupture avec le libéralisme économique en trois axes :

– Planification de l’économie pour engager la transition énergétique et créer des millions d’emplois, notamment dans l’éducation et la santé (ouverture de salles de classe, de lits d’hôpitaux…)

– Relocalisation des activités (priorisation des circuits courts, taxe kilométrique…) afin de favoriser l’agriculture paysanne et cesser de transporter des marchandises à travers toute la planète

– Socialisation des grandes entreprises, et notamment de tout le secteur bancaire, afin de reconstruire une industrie publique ainsi qu’un pôle public financier au service de la société.

Précisons que, même si Aurélie Trouvé n’emploie pas le mot de « protectionnisme », elle défend l’instauration de taxes douanières et de normes sociales, sanitaires et environnementales à l’entrée des marchandises sur notre territoire. Pourtant, il reste un éléphant dans la pièce, et pas des moindres : notre appartenance à l’Union européenne et son marché unique nous impose la libre-circulation des marchandises et des capitaux. Au concours Lépine de la meilleure manière d’en-sortir-sans-oser-le-dire, la gauche fait très fort : après l’évaporation du Plan B, on nous parle aujourd’hui de désobéir aux traités, voire de choisir à la carte les directives que nous appliquerons. Si le rétablissement de la primauté du droit national constitue un impératif démocratique, le versant juridique ne doit pas nous faire oublier la nature systémique des traités économiques européens : il s’agit d’une zone de concurrence et de libre-échange où chaque directive est pensée dans une logique globale de destruction des souverainetés populaires. Si nous pensons sincèrement que la libre-circulation des marchandises et des capitaux détruit nos systèmes sociaux et notre environnement, pourquoi voudrions-nous rester dans l’UE ?

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de plaider en faveur d’un capitalisme national visant à favoriser nos exportations et notre balance commerciale. La même logique nous impose de dénoncer les accords commerciaux léonins imposés aux anciennes colonies françaises d’Afrique, ainsi que toutes les formes de néo-colonialisme. À cet égard, la démondialisation est une impérieuse nécessité. Afin de cesser la pollution des océans par les transports mondiaux de marchandises, afin de protéger les codes du travail conquis de haute lutte, afin d’échapper à la servitude économique, chaque peuple doit pouvoir produire sur son territoire les biens nécessaires à son autonomie et son bien-être. Ces activités sont trop cruciales pour être laissées au marché et à la concurrence. Nous voulons un contrôle démocratique de l’économie – et c’est aussi un des messages des Gilets jaunes. 

Mais comment briser l’hégémonie des marchés financiers sur notre société ? Comment restaurer le pouvoir souverain de création monétaire ? C’est ce que nous verrons dans les prochains épisodes !

Ramzi Kebaïli, animateur de « Quoi qu’il en coûte »