Le mardi 5 février sera un grand jour. Un jour de luttes pratiques avec la grève générale appelée par les Gilets Jaunes et le mouvement social. Et un jour de réflexion théorique puisque le collectif des Citoyens Souverains recevra l’immense intellectuel Bernard Friot pour poser un débat fondamental: comment vaincre l’UE, Macron et le Capital? Ce débat, qui aura lieu à 19h à Pantin, constitue une étape nécessaire dans la reconstruction du camp politique qu’on appelait autrefois « la gauche ». Le mouvement des Gilets Jaunes a prouvé à celles et ceux qui en doutaient que la population n’en pouvait plus de décennies de libéralisme, mais que les organisations politiques actuelles échouaient à incarner une alternative. Il reste donc à comprendre les raisons de cet échec.

Logo CS Final

Bernard Friot nous invite à penser un système alternatif global: le salaire à vie. Dans ce système, tous les revenus produits seraient entièrement socialisés et gérés par des caisses de travailleurs auto-organisés, puis ensuite redistribués selon des grilles salariales fixées démocratiquement. C’est ainsi l’essence même du système capitaliste qui est remis en cause, puisque ce ne seraient plus les patrons ou les actionnaires qui décideraient de la répartition du salaire, mais nous-mêmes. Bien que ce système puisse paraitre utopiste, soulignons qu’il a déjà commencé à être mis en oeuvre à la Libération avec la Sécurité Sociale, même si celle-ci a été depuis en partie démantelée (voir à ce sujet le film La Sociale). Il s’agit donc d’un horizon s’appuyant sur la généralisation d’une expérience déjà réalisée, et qui permet de poser des étapes intermédiaires comme la réalisation du salaire socialisé dans les services publics actuels, puis la conquête progressive de nouveaux droits comme une sécurité sociale du logement ou de l’alimentation. 

Cette approche globale nous permet de comprendre que ce n’est par accident que le capitalisme produit des océans de misère et de suicides, mais par sa logique systémique qui fait passer les profits de quelques-uns au-dessus de toute décision collective. A contrario, toutes les approches de la « question sociale » qui se contentent de verser des compensations aux plus pauvres sans poser la question de la souveraineté des travailleurs laissent au final intactes les institutions du système. Et ces institutions, il faut être capable de les nommer: c’est l’Union européenne qui place au-dessus de tout contrôle démocratique le pouvoir du Capital et le libre-échange des marchandises qui détruit les normes sociales et saccage l’environnement.

Même s’il évoque peu le sujet, Friot a pris une position claire contre l’UE et l’euro, qui constituent de véritables prisons interdisant toute législation allant contre les intérêts capitalistes. Évidemment, et c’est là qu’intervient l’apport théorique du collectif Citoyens Souverains, il serait illusoire de croire que la souveraineté pourrait se limiter au champ de l’entreprise. La souveraineté est d’abord celle d’un peuple résidant sur un territoire bien délimité et doté d’un État-nation, et la crise que nous vivons actuellement est à la fois économique et politique. Actuellement, beaucoup se méfient de l’échelon national car ils craignent que « l’unité nationale » soit détourné pour justifier des guerres impérialistes et/ou des discriminations racistes. Cette crainte est justifiée mais au lieu d’en déduire qu’il faut abandonner les référents nationaux, il faut au contraire se battre pour les dépouiller de toute connotation excluante et leur donner pour signification la souveraineté politique des classes populaires, dans tous les domaines.

Le problème fondamental de l’UE n’est pas tant que celle-ci serait « l’Europe de l’argent » ou « l’Europe de Merkel », ce qui impliquerait qu’une autre Europe serait possible et souhaitable, mais que toute forme politique d’Europe est par construction anti-démocratique. En effet, celle-ci ne peut proposer aucune procédure permettant à des peuples différents vivant dans des systèmes politiques différents de se doter de normes communes. La coopération inter-nationaliste, ce n’est pas se forcer à avoir tous la même monnaie ou les mêmes lois, mais au contraire le respect de la singularité de chaque pays. Les États-nations sont certes des constructions historiques et arbitraires, mais ils constituent de fait aujourd’hui le cadre dans lequel peut s’exercer la volonté de chaque peuple et lui fournir des outils pour satisfaire ses besoins sociaux – et c’est pourquoi nous demandons la nationalisation des services publics. Evidemment, dire cela ne signifie en rien idéaliser la République française actuelle, mais au contraire commencer enfin à se montrer exigeant envers elle, notamment en exigeant le droit à un emploi et un revenu décent pour toutes et tous. Vaste programme en perspective!